Ma plus grande peur et ce qu’elle m’enseigne sur la vie et la mort
- Laurence SF Phare

- 26 déc. 2025
- 5 min de lecture
Dernière mise à jour : 5 janv.
Je vous fais une confidence, peu de gens savent ceci à mon sujet : La petite Laurence en moi est terrorisée par la peur de la mort de ceux qu’elle aime. La mort, la séparation des êtres aimés (du moins sur le plan physique), est sa plus grande peur depuis qu’elle comprend que ça existe.
Je crois que tout a commencé très tôt. Quand j’avais 3 ou 4 ans, Véronique, la fille d’une amie de ma mère, qui me gardait parfois, est décédée dans un accident de motomarine. Je n’en ai pas de souvenirs conscients, mais je pense que c'est la première fois que j'ai été confrontée à la mort.
Puis il y a eu, plus tard, le décès accidentel de l'animatrice Marie-Soleil Tougas, qui a secoué tout le Québec et qui m'a grandement marquée. Enfant, je ne comprenais pas tout, mais je sentais que quelque chose de grave et irréversible existait dans le monde.
Dans ma propre famille aussi, la mort est entrée tôt : tous mes grands-parents sont décédés avant ou pendant mon enfance. Ma grand-mère paternelle italienne, ma nonna, est décédée quand j’avais 11 ans. Mes parents ont voulu me préserver et ils ont donc décidé de ne pas m’emmener au salon funéraire et de m'annoncer son décès seulement à leur retour. Je me souviens encore du choc de l'annonce et de cette sensation étrange d’être à la fois protégée… et tenue à distance d’un mystère trop grand.
Et pourtant, malgré ces expériences, je trouve que ces faits demeurent encore difficiles à accepter :
tous ceux que j’aime vont mourir,
tout ce qui naît meurt,
nos corps physiques sont temporaires.
La réalité de la mort, bien que douloureuse, influence tout ce que je vis… et tout ce que j’accompagne dans mon travail de célébrante funéraire.

L’éphémère rend la vie précieuse
Comme le dit si bien Laure Waridel :
« C’est d’ailleurs parce qu’elle a une fin que la vie est si précieuse et mérite autant qu’on en prenne soin. Qu’on s’émerveille et qu’on la célèbre. L’éphémère nous oblige à aimer plus fort, à vivre plus vrai. »
Chaque jour, je prends conscience de cette fragilité. L’éphémère nous ramène à cette vérité que j’accompagne chaque jour dans mon travail de célébrante funéraire : la mort fait partie de la vie.
Ces moments si simples, si vivants, me ramènent au cœur de ce qui compte vraiment :
mes lapines qui bondissent de joie quand je leur apporte leurs légumes,
les oiseaux et les chevreuils qui viennent à mes mangeoires,
un câlin à mon amoureux,
les arcs-en-ciels (même ceux de mes attrape-soleil),
un fou rire partagé avec des amis,
un bon repas avec ma mère,
prendre le temps de préparer et déguster mon matcha ou mon cacao sacré,
une conversation téléphonique avec mon père,
une promenade dans les bois,
ma chatte Kiwi qui ronronne sur son oreiller placé sur mon bureau à côté de mon ordinateur alors que je rédige ces mots...
Mais parfois, l’éphémère nous frappe plus fort.
Je repense à mon bon ami Alexandre. La veille de sa mort subite, il avait soupé chez moi. On avait passé une soirée comme tant d’autres : simple, légère, pleine de rires et de belles discussions. Ce n’est qu’après son décès que j’ai compris à quel point cette soirée avait été précieuse. Elle ne reviendrait plus jamais.
Faire face à la peur de la mort dans mon métier de célébrante funéraire
Dans le travail que je fais, j’accompagne, avec toute ma compassion, des gens qui vivent mon pire cauchemar, celui qui nous guette tous. Comme si, à travers leurs histoires, je m’y préparais un peu, doucement…
Chaque rencontre est unique.
Certaines personnes pleurent doucement.
D’autres parlent sans arrêt.
D’autres encore se taisent, incapables de contenir leur peine.
Il y a des souvenirs qui font rire à travers les larmes, et d’autres qui brisent la voix.
Ce qui me touche le plus lorsque je célèbre des cérémonies funéraires, c’est d'avoir l'honneur d'être témoin de l’amour entre les vivants. Voir des bras qui se serrent, des épaules qui s’offrent, des regards qui se croisent comme pour rappeler : «On traverse ça ensemble.» Cet amour partagé est souvent aussi fort (sinon plus) que la peine elle-même.
L’émotion que j’observe le plus est la tristesse.
Parfois aussi la délivrance, lorsque la personne souffrait.
Mais après la cérémonie, il y a presque toujours la même chose : la gratitude.
Gratitude pour la douceur, pour ma présence calme, pour une cérémonie unique créée sur mesure, entièrement à l’image de leur être cher. Et moi je me sens extrêmement privilégiée d'avoir pu les accompagner dans ce passage délicat.
Ce rôle m’a appris que je suis beaucoup plus forte que je le croyais. Que je peux tenir l’espace lorsque les émotions débordent. Que je peux regarder la mort dans les yeux, encore et encore, et découvrir qu’elle n’est pas une ennemie, mais une alliée.
Car sans la mort, la vie n’aurait pas cette importance. Sans l’imprévisibilité du dernier souffle, nous prendrions tout pour acquis. Nous oublierions que tout est impermanent et tout se transforme continuellement.
Une note personnelle : Doudou

Sur la première photo qui accompagne cet article, vous voyez mon chandail du chanteur Philippe Brach avec son message lugubre mais vrai… et mon beau chat roux, Doudou.
Doudou est décédé en mai 2025.
Ses derniers instants sont gravés en moi.
Quelques minutes avant son dernier souffle, j’étais dehors avec lui, en train d’attendre que ma teinture pour les cheveux prenne. Nous avons pris un dernier selfie… sans savoir que ce serait le dernier.
Puis il s’est dirigé vers un petit coin tranquille pour quitter son corps, tout doucement. Il m’a permis de l’accompagner jusqu’à la fin. Et j’ai trouvé la force de lui dire : «C'est correct, tu peux y aller… je suis avec toi.» Même si c’était la chose la plus difficile que j’aie jamais faite.
Après son décès, j’ai vu des signes :
un chat roux dans une porte patio,
un toutou de chat roux avec de grands yeux verts accroché à un sac d’école,
un diffuseur d'huiles essentielles en bois en forme de chat roux (le seul au milieu de plusieurs ours).
J’ai créé un autel pour lui. J’y ai déposé sa photo, des objets symboliques, sa moustache que j'ai conservée dans un pot de verre en forme de coeur et le diffuseur d'huiles essentielles qui lui ressemble. Je danse parfois sur les chansons qui me font penser à lui ou je regarde nos vidéos et je laisse couler mes larmes. C’est ma manière de continuer de nourrir notre lien autrement.
Et vous?
Si vous ne deviez retenir qu’une chose de cet article, ce serait peut-être celle-ci : La mort n’est pas une ennemie. C’est elle qui rend la vie précieuse, vibrante, irremplaçable. C’est son caractère aléatoire qui fait que chaque instant compte vraiment. La mort fait partie de la vie. Elle ne vient pas enlever le sens : elle le révèle.
Aimer, c’est vouloir garder nos êtres chers avec nous pour toujours. Et c’est normal d'avoir peur de les perdre. Apprendre à vivre avec la peur de la mort, c’est aussi apprendre à aimer plus fort.
Et vous, comment vivez-vous avec l’éphémère?
Avec bienveillance,
Laurence SF Phare
Célébrante funéraire & accompagnante du deuil


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