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Deuil animalier: accompagner mon chat jusqu’à son décès naturel à la maison

Dernière mise à jour : 5 janv.

Dans les premières heures du 1er janvier 2024, ma chatte Poupée est décédée paisiblement à la maison, à l’âge de 10 ans. Deux ans plus tard, je me sens prête à raconter notre histoire. Pour honorer ce que nous avons vécu ensemble, et pour mettre de la lumière sur une réalité encore malheureusement trop souvent minimisée: le deuil animalier et les choix qui entourent la fin de vie de nos animaux de compagnie.


Poupée (Muscade): ma chatte aux yeux verts et au ronronnement apaisant


Poupée était une magnifique chatte calico, avec des yeux verts vifs et une démarche un peu dodelinante, qui se promenait presque toujours avec la queue en l’air comme un drôle de point d'interrogation. 


Quand on l’a adoptée, on l’a d’abord appelée Muscade. Mais très vite, son nom a commencé à changer. Muscade est devenue Mussette, puis Moumie, puis Poupie quand son corps s’est arrondi, et enfin Poupée à la fin. Et pourtant, aucun de ces noms ne me semble vraiment la définir. Comme si elle existait au-delà des mots.


Poupée avait un surplus de poids qui l’empêchait parfois de bien se laver. Elle était fière et délicate, malgré tout. Alors, de temps en temps, je l’aidais : je lui donnais un bain de fesses (oui, vraiment). C’est le genre de petit détail qui dit beaucoup sur notre lien: elle était mon bébé et je prenais soin d’elle comme on prend soin d’un membre de la famille.


Poupée devenait folle quand il y avait un reflet de lumière sur le plafond provenant d’une casserole ou d’un téléphone: elle courait après en poussant de petits cris aigus. Même chose avec le pointeur laser. Elle adorait aussi les gâteries. Quand je l’ai adoptée, mes autres chats ne l’ont pas acceptée tout de suite. Même avec les années, il restait quelques frictions avec Doudou… sauf quand ils jouaient tous les deux avec une corde: là, ils devenaient Les p'tits amis de la corde (j’ai même composé une chansonnette sur l’air de La maison de Ouimzie pour ces moments de bonheur).


Le ronronnement de Poupée était unique, un mélange puissant et apaisant, qui m’aidait à réguler mon système nerveux quand elle se couchait sur moi. Elle était très colleuse. Elle passait presque toutes ses nuits sur mon oreiller, et le plus de temps possible sur mes cuisses, même quand j’étais assise à table pour manger. Elle adorait profiter de la chaleur du soleil allongée dehors et elle aimait aussi rester près de moi quand je faisais du yoga.


Souvenir précieux d'un moment partagé avec Poupée qui trouvait toujours sa place pendant que je faisais du yoga.

Coup de foudre dans une ruelle: l’adoption de Poupée


Je l’ai trouvée dans la ruelle derrière l’appartement d’une amie. Elle avait environ 2 mois, elle était encore un mini chaton tout mignon. Une chatte errante du quartier avait eu une portée devant la porte d'entrée du voisin, il y avait ses frères et sœurs… et c’est elle que j’ai choisie.


Coup de foudre immédiat.


On lui a donné un petit bain dans le lavabo de mon amie avec un shampoing anti-puces, et pour la ramener en voiture… j’ai essayé de mettre un panier de lavage par-dessus elle. Elle en est sortie en deux secondes. Heureusement, la route n’était pas longue.


Mon copain de l’époque était allergique aux chats. J’en avais déjà trois quand on a emménagé ensemble, alors tant qu’à devoir gérer ses réactions allergiques, il voulait au moins avoir  un chat qui serait un peu plus attaché à lui que ceux que j’avais déjà qui le toléraient simplement. C'est dans cette optique que nous avons adopté Poupée, mais la vie est ironique des fois, car quand on s’est séparés, c’est moi qui ai gardé Poupée (qui s'appelait encore Muscade à ce moment). Elle était attachée à ma chatte Kiwi, habituée aux deux mâles et on ne savait même pas si mon ex pourrait avoir un chat là où il irait. Mais surtout: je n’aurais jamais pu m’en séparer.


Fin de vie de mon chat: pourquoi j’ai choisi de rester à la maison


Ça s’est fait graduellement, sur environ un mois et demi. Elle a toujours eu un surplus de poids… puis elle a commencé à en perdre beaucoup. Elle avait de moins en moins d’énergie, s’alimentait presque plus, et avait de la difficulté à retenir ses urines. Malgré tout, elle ne semblait pas en grande souffrance : elle était calme et paisible, simplement de plus en plus faible.


Au moment où j’ai pleinement réalisé et accepté que son état se détériorait, les options étaient déjà très limitées. Je n’avais pas accès à un vétérinaire près de chez moi, et l’idée de transporter Poupée jusqu’à une clinique d’urgence à plus d’une heure de route ne faisait pas sens pour moi. Je ne voulais pas qu’elle vive du stress, qu’elle soit manipulée dans un environnement inconnu, pour ensuite me faire dire qu’il n'y avait rien à faire, sinon abréger la fin. Je sentais qu’elle pouvait partir à son rythme, en douceur, chez nous.


Bien sûr, comme beaucoup de parents d’animaux, j’ai traversé des questionnements. Mais j’ai choisi de ne pas m’y attarder. Mes décisions ont été guidées par un mélange d’intuition, de mon rapport à la mort et des histoires difficiles entendues au fil des années. Ceux qui me connaissent savent à quel point mes animaux sont précieux pour moi, et à quel point ce choix n’a pas été simple à assumer.


Au fond de moi, je croyais (et je crois encore) ceci: les animaux savent mourir. Souvent, c’est nous, les humains, qui avons peur de la souffrance et de l’inconnu. Oui, j’ai eu peur. Oui, j’ai ressenti de la culpabilité. Mais la décision demeurait claire à l’intérieur de moi. J’étais prête à l’accompagner jusqu’au bout, si c’était là que la vie nous menait. Parce que pour moi, la mort n’est pas un échec, mais un phénomène naturel et inévitable.


Ceci étant dit, je partage mon expérience sans prétendre détenir la vérité. Chaque situation est unique. Je n’ai aucun jugement envers l’euthanasie, qui peut être administrée comme un geste d’amour immense. Je raconte simplement notre histoire, parce que je sais que d’autres possibilités existent. Dans certains contextes, une transition naturelle à la maison pour un animal de compagnie peut être envisageable… et même douce.


C’est ce que nous avons traversé ensemble, Poupée et moi, un pas à la fois. Comme si elle me rassurait, me guidait et m’accompagnait, jusqu’à la fin.


Chatte calico nommée Poupée, endormie paisiblement sur une couverture.
Poupée, paisible, dans un de ses moments de repos.

Le 1er janvier 2024: accompagner ma chatte jusqu’à son dernier souffle


On était sur le divan, avec mon amoureux. On venait de regarder les émissions de fin d’année. Poupée était entre nous deux. Puis j’ai senti que sa respiration changeait. Elle prenait de grands souffles. J’ai essayé de la prendre pour la rassurer mais elle a chialé. Alors je me suis simplement mise à côté d’elle. Et j’ai compris: c’était la fin.


J’ai fait jouer une chanson que j’avais découverte quelques jours auparavant et dont les paroles me parlaient droit au coeur : Return to Love de Susie Ro et j’ai aussi fait jouer un enregistrement de son ronronnement, pour l’accompagner en douceur. Et c’est là qu’un détail m’a marquée pour toujours : au moment où je n’en pouvais plus de me retenir d’aller aux toilettes, pendant deux minutes, à peine, Poupée est partie. Mon amoureux était sorti fumer. Elle a attendu d’être seule, ce qui est commun, mais que je ne savais pas à ce moment-là.


Quand je suis revenue, mon amoureux était assis près d’elle. Il ne savait pas. Mais moi, je savais. Son corps était maintenant inanimé et libéré. Il y avait comme une énergie subtile dans l’air. J’ai pleuré énormément, mais une partie de moi savait que tout allait bien malgré tout.


Quand je l’ai prise pour la déposer dans une boîte qu’elle aimait, j’ai eu un choc: elle était molle comme une poupée de chiffon. Je ne m’y attendais pas. C'était la première fois que je devais prendre soin d'un corps sans vie et j'étais engagée à le faire jusqu'au bout. Je l’ai ensuite montrée aux autres chats, dans sa boîte. Ils n’ont pas réagi, comme s’il n’y avait rien devant eux. C’était très spécial, presque irréel. Ça non plus je ne m'y attendais pas. Je l’ai placée sur mon balcon au deuxième étage, à l'abri sous une couverture. Il n'y avait pas de danger pour sa dépouille et il faisait assez froid pour que je puisse prendre le temps de faire les choses doucement.


Rituel d’adieu: honorer la mémoire de mon chat


J'ai préparé une cérémonie en son honneur (j’étais déjà célébrante funéraire alors j’avais de l’expérience). On a choisi un endroit au pied d’un arbre, sur le côté de la maison, un endroit que je peux voir depuis la fenêtre de ma cuisine. Ce début janvier-là, contrairement à un hiver normal au Québec, il y avait à peine quelques flocons par terre et le sol n’était pas gelé. Mon amoureux a creusé pour moi, une chance qu’il était là. 


À côté de la fosse j’avais créé un autel. J’ai déposé des ailes multicolores sur le corps de ma petite princesse. J'ai disposé des bougies et sa photo par terre. On a pris le temps d’écouter des chansons. J’ai lu des textes et un témoignage que j'avais composé pour elle. On a levé un verre de mousseux sans alcool en son honneur. C’était extrêmement difficile, mais tellement nécessaire pour mon processus de deuil.


J’ai enterrée Poupée dans sa boîte, avec sa serviette (celle que j’utilisais après ses bains), une rose de mon rosier d'intérieur (acheté en l'honneur de sa féminité le lendemain de son décès), une orgonite en forme de cœur avec des pierres arc-en-ciel (acheté en double, pour créer un lien tangible) et une toile que j’avais créée à la nouvelle année 2023 avec une intention de liberté.


Après, j’ai utilisé les pierres qui étaient dans la fosse pour créer une forme de cœur sur la terre. Au printemps d’après, le cœur est devenu un cercle. À l'été, j'ai ajouté une décoration iridescente dans l’arbre, qui flotte au vent au-dessus de sa tombe. On a placé des mangeoires pour les oiseaux, rendus l'endroit vivant et animé. C’est un lieu de recueillement pour moi, pour honorer sa mémoire et pour continuer de me relier à elle, autrement. 


Cœur de pierres et bougie formant un lieu de recueillement après la perte d’un chat.
Un cœur de pierres pour marquer le lieu et honorer sa mémoire.

En toute transparence: j’ai fait le choix d’enterrer mon animal sur mon terrain car j’habite au beau milieu d’une forêt. Je sais que la disposition des animaux est encadrée au Québec et peut être interdite selon les endroits et les règles locales. Je ne présente pas ça comme une recommandation, seulement comme mon vécu d'un rituel qui m’a aidée à traverser un deuil. Si vous faites face à une situation semblable, je vous invite à vous informer auprès de votre municipalité/MRC sur les options permises.


Après la perte: le vide, le deuil animalier et ce qui m’a aidée


Le plus difficile, au début, c’était son absence. Poupée était toujours collée sur moi ou sinon elle était sur le dessus du divan qui avait pris la forme de son corps avec le temps. Il y avait aussi quelque chose de particulier: dans ses derniers jours, je prenais soin d’elle constamment… et soudain, je n’avais plus à prendre soin. Je me sentais hyper fragile, tout me faisait penser à elle et je pleurais souvent. Ça m’a demandé un temps d’adaptation et beaucoup de douceur envers moi-même.


Ce qui m’a aidée :

  • créer et entretenir un autel (photo, bougie, orgonite, rosier),

  • faire créer un mémento (un vitrail contenant un peu de sa fourrure),

  • passer du temps avec mes autres animaux (chats et lapines),

  • accueillir les signes qui me faisaient du bien, même s’ils ne s’expliquent pas toujours, comme ce chat blanc endormi avec des ailes d’ange que j’ai trouvé au magasin.


Aujourd’hui, la peine est plus légère. Je ne pleure plus en pensant à elle. Mais je ressens autre chose : la tristesse de voir certains souvenirs s’effacer. Il me reste les photos, les vidéos… et une certitude: Poupée a marqué ma vie à jamais.


Trois chats allongés sur un sofa, avec un autel commémoratif dédié à Poupée sur le rebord de la fenêtre.
Quelques mois après... la vie continue sur le sofa, avec l’autel de Poupée tout près de sa place habituelle.

Si vous vivez un deuil animalier ou que votre animal est en fin de vie


Un jour, presque tous les parents d’animaux se retrouvent devant des choix impossibles. Je n’écris pas pour dire que vous devriez faire comme moi. J’écris pour montrer qu’une autre alternative peut exister. Oui, certains départs peuvent être naturels. Oui, ça peut être doux. Oui, ça peut être beau, même quand ça brise le cœur.


Si vous accompagnez un animal en fin de vie à la maison, l’essentiel réside souvent dans la qualité de votre présence: le calme, le confort, la douceur, l’écoute attentive des signes. 


Certaines personnes choisissent une approche sans intervention et d’autres préfèrent un accompagnement vétérinaire, des soins palliatifs ou l’euthanasie. Il n’existe pas une seule bonne façon de faire, seulement celle qui fait sens dans votre contexte, avec vos valeurs et vos ressources. L’essentiel, à mes yeux, c’est ceci: que ce soit fait avec conscience et amour.


Si vous doutez, si vous pleurez, si vous vous demandez si vous avez bien fait, rappelez-vous ceci: aimer un animal, c’est aussi faire de son mieux avec ce que l’on sait, ce que l’on peut et ce que l’on a, à ce moment précis.


Le deuil animalier est souvent vécu en silence. On minimise parfois notre peine, comme si elle était moins importante. Pourtant, le chagrin d'ne perte est toujours proportionnel à la place que l’être aimé occupe dans notre cœur.


Et je suis bien placée pour en parler parce que je l'ai vécu souvent. Mes animaux, qui m’ont accompagnée au quotidien et aimée d’un amour inconditionnel impossible à mettre en mots, occupent tous une place énorme et irremplaçable dans mon cœur.


Alors prenez soin de vous, et si vous avez besoin de soutien, sachez que je suis là pour vous.


Avec bienveillance,

Laurence SF Phare

Célébrante funéraire & accompagnante du deuil

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